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Seize et ses obsessions géométriques
Par Christian Schmitt @espacetrevisse · Le 16/11/2015

art azoi 2012

L’artiste Seize Aka Happywallmaker est devenu une figure incontournable du street art français.

Pourtant au départ, cet enfant de Sarcelles, n’a suivi aucune école d’art. Et n’a découvert ce qui allait devenir sa vocation qu’à la suite d’un heureux concours de circonstances.

En effet, le déclic eut lieu au début des années 1980, au bas de son immeuble, lorsqu’il a été, selon ses propres termes, “ébloui” par un graff de Dark.

Aussitôt, il demande à son auteur de lui céder le lettrage “Seize” qui figurait sur l’une de ses oeuvres.

A partir de ce jour, tout bascule pour lui. Dorénavant , il sait que peindre sur les murs et sur la toile va devenir sa véritable passion.

Par la suite, il va compléter son nom d’artiste de Seize par celui de Happywallmaker, surnom que lui ont donné les membres d’un groupe d’artistes hollandais.

Cependant ce n’est qu’au début de l’année 2000, que cet artiste estime avoir réellement trouvé son identité picturale.

Auparavant et toujours selon ce qu’il déclare, il ne faisait uniquement des graffitis autour des lettres et les personnages.

Depuis il joue sur la lumière, les couleurs primaires et secondaires et les formes géométriques.

Résultat: ses obsessions géométriques l’ont rendu célébre à juste titre car elles sont le fruit d’un grand talent et d’une créativité presque sans limite.

Toutefois sans altérer la portée de son oeuvre, son art n’est pas venu non plus “ex nihilo” car il est aussi tributaire, dans une certaine mesure, d’une tradition antérieure.

Je veux parler, en effet, d’une filiation possible avec les peintres abstraits du XX° s., et notamment avec ceux du courant formaliste.
Le retour à la tradition de l’abstraction formaliste ?

" cosmic junction"

Déjà Kandinsky était fasciné par l’aura mystique de la géométrie, le triangle, selon lui, était le symbole de la “vie spirituelle” et de son mouvement incessant. (Art&Aujourd’hui par Eleanor Heartney, Ed. Phaidon, p.66)

Seize semble être également conscient du pouvoir que peuvent exercer les formes géométriques puisqu’il affirme en 2012 :

“J’essaye de transmettre dans mes compositions des énergies positives sur les spectateurs. Il y a aussi un côté spirituel. » (dans le journal L’Axonais N° 11 du 31/07/2012)

Cependant depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, on a pratiquement abandonné cet aspect purement mystique pour ouvrir à “l’art pour l’art” et au formalisme énoncé par le célèbre critique d’art américain Clément Greenberg.

On aboutit alors à un art débarrassé de toute narration, de représentation, de sujet, de psychologie ou même de spiritualité.

C’est le règne de l’obsession de “l’opticalité”.

Au final ce qui importe, c’est la seule disposition des lignes, des couleurs, des formes… (voir Mondrian).

Or, cette abstraction formaliste, on la retrouve également très présente dans les oeuvres de l’artiste Seize.

Effectivement son besoin de pureté et de cohérence par rapport au monde environnant l’ont conduit à édifier une structure formaliste très affirmée.

“Le langage symbolique est celui de la nature et de l’univers. La forme géométrique jointe à la simplicité et à la rigueur des structures et de la composition peut atteindre une grande pureté…”

Au départ cet artiste « hyperméticuleux » privilégiera toujours la pureté des formes géométriques et mettra un soin particulier à les assembler selon un projet très structuré et très planifié. C’est le grand ordonnateur des formes à l’image du grand Horloger dont parlait Voltaire pour désigner le créateur de notre univers ;
Seize qualifie lui-même son travail comme l’expression d’un vrai langage : le langage symbolique.
Mais son art traduit aussi le monde dans lequel il vit

magnetikoglyphe

A priori on pourrait penser que cet artiste ne fait que reproduire, en quelque sorte, notre monde actuel, celui notamment traversé par les multiples réseaux de communication et de transport.

Avec pour figure archétypale, l’image saisissante de la toile du net qui s’étend partout à une vitesse hallucinante, telle la pieuvre avec ses multiples tentacules.

Certes, Seize restera toujours l’héritier quelque part des peintres du mouvement et notamment de celui dénommé « De Stijl ». Ceux-ci voulaient, en effet, créer un équilibre en harmonie avec le rythme de l’univers par l’application de lignes horizontales et verticales et des aplats de couleurs primaires (rouge, jaune, bleu).
Un monde kafkaïen

projet fresque hotel particulier

Harmonie veut signifier que l’artiste est d’abord un observateur de son temps. Il est celui qui met en exergue tous ces réseaux de communication qui envahissent notre quotidien. Mais en réalité plus qu’un témoin, ce peintre de la rue va être également celui qui dénonce ce phénomène en le stigmatisant pour son côté inhumain.

C’est pourquoi l’univers que nous propose Seize fait penser au côté oppressant et cauchemardesque des récits de Franz Kafka.

Ce grand écrivain de confession juive a dû lui-même s’inspirer de la tradition talmudique.

En effet, selon un récit rapporté par Origène (vers 185 – vers 254),

“Les Écritures Saintes ressemblaient à une grande maison avec beaucoup de pièces; devant chaque pièce se trouve une clé, mais ce n’est pas la bonne. Les clés de toutes les pièces ont été échangées, et il faut (…) trouver les bonnes clés qui ouvriront les pièces.”

Alors que dans le récit, il existe l’espoir de retrouver la “révélation”…les clés sont disponibles mais il suffirait de trouver la bonne.

Chez Kafka, il n’y a tout simplement pas de clé et donc pas d’espoir de s’en sortir. C’est pourquoi le récit de Kafka met en évidence la nature foncièrement angoissante de l’être humain.

Chez Seize cet univers sans clés est bien réel dans son travail.

Mêmes ses œuvres, les plus identifiables, dont certaines font penser aux réseaux des lignes du Métro et du RER, ne débouchent en réalité sur aucune station identifiable, ni sur aucune sortie.

Les seules issues possibles semblent se refermer sur elles-mêmes comme ces lignes qui se terminent par une une boucle, sans l’adjonction d’aucun référent extérieur permettant d’indiquer une ligne ou une station.

D’où cette impression étrange de graviter dans un monde clos.
Heureusement sauvé par la vertu unificatrice de la couleur

melissa

En effet comme par miracle ce monde semble sauvé par la couleur qui permet l’unité du Tout.

Comme l’affirmait Cézanne à Emile Bernard pour signifier l’importance de la couleur dans sa propre oeuvre “Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude”.

De même Seize est conscient que l’énergie de la couleur le dépasse.

A ce titre il a reconnu avoir été influencé par Niki de Saint Phalle pour les couleurs vives et pures et Vasalery pour l’art cinétique, tous deux ayant guidé ses premiers coups de pinceau.

Il affirme également qu’il “ne vise pas l’effet optique, il cherche les faits cosmiques. Il réussit en 2 dimensions tracées, par de simples aplats colorés à nous faire entrer dans la 4°. Son travail vise …la “communion” plus que la sensation.” (Seize Happywallmaker, Critères Editions, Collection Opusdélits, 2010, p.15)

Par ailleurs Seize utilise parfaitement les effets de couleurs selon leur situation dans le réseau.

“plus la couleur est proche, plus elle est foncée et plus on s’éloigne et plus elle devient claire.”

Enfin sa peinture a une portée éminemment sociologique. Comme il l’affirme lui-même, elle a le don de rassembler à l’image des différentes communautés qu’il a côtoyées à Sarcelles.

Ainsi dans la multiplicité des couleurs, il faut voir aussi la recherche d’un équilibre et un fort désir de rassembler et d’unifier.

Christian Schmitt (site web)

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"Metaphase 2"« Metaphase 2″ acrylique sur toile de lin 130×160 cm 2015

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Présente à LA CAVE SHOW ROOM GALLERY
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OPENING SHOW SAMEDI 14 NOVEMBRE 2015 START 18H/ 23H

DU SAMEDI 14 NOVEMBRE AU 28 NOVEMBRE 2015

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Salon d art contemporain

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